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Monsieur, pour la nouvelle année, votre catalogue proposait des lendemains qui chantent. Il apparaît que…

… j’ai déjà du mal à mettre aujourd’hui en musique. Toujours en retard au travail, je frise la syncope en y allant. Mon patron est un maître chanteur. Il ajoute des partitions inconnues chaque jour sur mon pupitre. Le rythme est trop élevé pour moi et ma vie ne vibre pas dans ma tessiture naturelle. Je suis comme un instrument mal accordé.

Le catalogue m’a tenté dans un premier temps et j’ai testé différentes propositions de lendemains qui chantent. Chaque jour mon enthousiasme à baissé d’un ton, je suis allé de déception en déception, jusqu’au dernier octave.

La première proposition était de tester un karaoké. Pour moi qui chante faux, c’est une forme d’improvisation courageuse. Bien sûr, on peut se mettre à plusieurs pour que les fausses notes s’annulent. Il parait que c’est la raison du succès des chorales géantes. Chanter en chœur, c’est être d’accord, sans avoir réfléchi. J’ai essayé, toujours hors tempo, mais avec conviction. j’ai fini par ne plus chanter que les silences, avant d’arrêter complètement.

La seconde idée, en cette période électorale, était d’intégrer un groupe vocal de politiques. Pour faire chanter un village de cinq mille habitants, l’une des règles absurdes de la république est de présenter pas moins de trente colistiers pour orchestrer la symphonie d’un programme électoral. J’ai accepté naïvement, pour me rendre compte rapidement que si l’on promet de chanter d’une même voix, on se réveille souvent le lendemain, à capella. Les lendemains qui chantent sont en réalité les promesses que l’on fait la veille pour que ceux qui y croient s’engagent à voter pour vous le lendemain. Pour ce qui est du surlendemain, c’est un autre jour. Les promesses de l’avant veille ne se jouent plus sur la même musique et les instrumentistes sont déjà en cacophonie. Les lendemains qui chantent se jouent donc seulement la veille et avec une langue de bois. J’ai démissionné.

Un partenaire potentiel m’a joué du violon lors de notre premier “date”. J’en ai connu des matins qui déchantent après de belles promesses. Les lendemains qui chantent sont parfois des refrains qu’on connaît déjà trop bien, écrits en majeur mais vécus en mineur. Chante, beau merle ! À force d’écouter les fausses promesses, notre oreille devient très critique à la moindre fausse note. Je compte surtout les silences. Quand les projets chantent trop fort, c’est souvent pour masquer un présent qui crie. À force de chanter l’avenir, ils ont rendu le présent inaudible. Je tourne les talons avant de risquer la surdité.

Heureusement, j’ai mon chat. Son ronronnement symphonique me berce et me rassure, hier, aujourd’hui et demain. Il a neuf vies devant lui !

Nicolas - 83