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Parties toutes les deux de bon matin cueillir des champignons, le coin à cèpes de mon amie n’a pas failli à sa réputation. Les sacs à dos vite remplis, nous avons pique- niqué puis marché, quitté les allées cavalières, et choisi un raccourci à travers les buissons qui s’avère un labyrinthe infernal.

Mon amie se veut rassurante, dit connaitre les sous-bois comme sa poche ! Mais une brume traitresse nous désoriente. Le GPS du téléphone est hors circuit dans cette zone « blanche ». Nous errons sans grande visibilité dans des sentiers touffus, traversons des clairières fourmillantes de ronces, des passages de plus en plus étroits et sombres où des branches nous giflent le visage.
La journée s’amenuise. Des bruits bizarres, inconnus nous inquiètent. Les rayons du soleil ne percent plus les cimes des arbres, la panique nous gagne.
Nous sommes perdues dans la forêt !
Nous nous arrêtons griffées et exténuées, pour réfléchir, nous repérer. Sans carte IGN, c’est difficile, nous ne sommes pas des pros en « mode survie nature » ! Pourtant hors de question de passer la nuit dans la forêt !
Après une montée couverte de feuilles glissantes où il faut s’accrocher aux branches basses, nous arrivons enfin à un endroit dégagé. Soudain, un air frais inopiné modifie l’atmosphère.
Troublée, je perçois l’émergence d’une odeur familière, chaude et animale, d’abord faible, à peine perceptible, se confondant avec l’humus, puis fluctuante que j’essaie de suivre, comme une amarre salutaire, le nez en l’air. Le tracé de la sente s’éclaircit, un effluve plus intense me confirme que nous sommes dans la bonne direction. Mon amie étant perplexe ! je lui explique que ce parfum me rappelle mon enfance, les chevaux, le crottin, le cuir chaud, et que nous devons être, à coup sûr près d’un haras. Nous suivons l’odeur précieuse, fil d’ariane qui nous mène à un promontoire. Nous sommes sauvées : Là, en lisière de forêt nous admirons émerveillées, la vie : des chevaux paissent dans les prés, d’autres sont menés à la longe, près de l’écurie où les palefreniers pansent les animaux.
Nous baignons dans une exhalation musquée, fauve, la plus bienfaisante du monde ! Il va sans dire que notre cueillette est très appréciée au diner où invitées, nous sommes les héroïnes de la soirée. L’espace d’un instant, scrutant au loin la masse sombre, impressionnante de la forêt, je réprime un frisson de sérénité.

Zuzanna83