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Nous sommes en l’an deux mille deux cents. Le monde scientifique est inquiet. De plus en plus d’enfants naissent le cou courbé. L’homme se ratatine. Le schéma de l’évolution humaine stagne, voire rétropédale. Il est clair que deux siècles d’inventions technologiques de plus en plus révolutionnaires et insensées ont réduit l’être humain à un état d' esclave connecté.

Il vit dépendant de son appareil devenu le centre de sa vie. Ses pouces sont élargis : des petits tentacules agrippent naturellement son télé-robot ultra sophistiqué, appelé Nimbus. Sa posture s’est courbée à force de scruter l’écran bleu. Il reçoit par les écouteurs accrochés en permanence aux oreilles les indications de son GPS greffé au cou ,nécessaires pour prévenir un obstacle, les collisions entre personnes, l’arrêt d’un drone, ou l’arrivée d’un taxi de l’espace, au centre de la chaussée.
Ce jour -là, Achille n’écouta pas le GPS, d’humeur badine, son esprit attrapa un rêve qui passait par là. Des émotions longtemps refoulées surgirent. Son nez se cogna à une masse de cheveux blonds au parfum fruité. Par un réflexe ancestral, il leva la tête. Une douleur atroce dans le cou lui coupa le souffle, il s’arrêta la tête en l’air, ébahi, aperçut une ligne de feu incandescente qui barrait le ciel si bas, si gris, si pollué. La chevelure blonde se retourna, leva les yeux par instinct grégaire, grimaça, se frotta la nuque. Ils se dévisagèrent : un évènement extraordinaire dans un monde qui ne se regarde plus, ne communique que par outils informatisés. Leurs GPS les apostrophaient, bipait pour leur faire baisser la tête. Ils décrochèrent les écouteurs, les gens les bousculaient, ils étaient seuls au monde, et hypnotisés, la tête haute, admiraient un arc en ciel sur la cicatrice du ciel. Ce furent les prémices de la grande révolution.

Zuzanna83