J'ai longtemps rêvé de monter à l'échelle qui mène au grenier à foin. Une simple échelle de meunier qu'on ne dresse que pour aller jusque sous le toit. Un endroit magique où mon bonheur est de me replonger dans tous ces objets hétéroclites qui représentent, depuis presque deux siècles, les tendances familiales. Ce qu'on voudrait bien jeter mais que malgré tout on garde parce qu'on ne s'y décide pas.
Ça en dit long sur ce que mes ancêtres ont aimé dans cette bâtisse qui aurait elle-même certainement beaucoup a dire sur ce sujet.
Dans cette antre je retrouve cette odeur si particulière de l'herbe sèche d'abord qui persiste malgré les années et les vieilles choses entassées là depuis autant d'années. En fait depuis qu'il n'y a plus d'animaux, donc plus de fourrage à entreposer.
J'ai découvert, soigneusement pliée, une tapisserie commencée. La grosse aiguille est encore piquée dedans, elle attend pour reprendre son point de croix. Je touche les écheveaux de coton brillant aux couleurs encore vives, le dé en ivoire me tente. Je n'ose pas car là, je rentre dans l'intime et j'essaie d'imaginer l'ancêtre, homme ou femme, le posant au bout de son doigt, se préparant à une soirée calme en famille avec peut être ma grand-mère enfant et ça m'émeut. Tout comme ces lorgnons et ces faces à mains dont une paire avec un manche fin en or guillauché serti de minuscules pierres fines que j'ai sorti d'un papier de soie craquant.
Ces objets démodés, précieux et si personnels m'ont rapprochée de cette vieille famille que je ne connais que par quelques photographies jaunies où les exposés affichent des sourires de circonstance.
Tiens, cela me donne l'idée d'aller jeter un œil dans ces albums . Mais ai-je vraiment envie de redescendre l'échelle ? Je suis si bien avec eux.
🐭 La Souris
